Centre expérimental de permaculture 👨🏼‍🌾

Observatoire de la Biodiversité





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La permaculture à l’oasis, en quelques mots



Pas de grands discours sur la permaculture.
  • Madani s’est engagé corps et âme pour faire revivre l’oasis, refusant de voir mourir les palmiers que des générations avaient fait pousser dans le désert au prix de nombreuses souffrances. Il a pu en sauver quarante sur ses terres alors qu’autour, dans un rayon de vingt kilomètres, tous les palmiers de l’ancienne grande palmeraie du Drâa se meurent. Au sein de l’oasis poussent désormais des eucalyptus, des tamaris, des acacias, des oliviers, des poivriers, des grenadiers, en compagnie d’une vingtaine d’autres essences et variétés.
  • L’ombre fournie par ces arbres, les petits canaux d’irrigation creusés à même le sol, différents procédés d’enrichissement du sol, rendent le terrain propice à la culture de légumes comme à la réapparition et à la diversification des variétés et espèces « sauvages » ou « spontanées » de la faune et de la flore.

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L’eau des nappes phréatiques est salée ? Quand bien même. D’un côté on teste différents procédés de désalinisation, de l’autre on cultive malgré tout, en expérimentant différentes techniques simples pour favoriser l’implantation et l’adaptation de variétés plus fragiles. Une faune joyeuse en profite pour réinvestir les lieux. Insectes pollinisateurs, grenouilles, vers de terres, une dizaine d’espèce d’oiseaux. L’oasis bruisse de vie. « Au début, quand j’ai commencé ici, je ne connaissais pas le mot permaculture. J’ai parlé avec les gens de ma vision de la vie et d’autres manières de vivre. Ils m’ont dit : “ça, ça existe, c’est la permaculture”. Pour moi, la permaculture c’est un ensemble : prendre soin de la terre, de l’humain, des animaux et de tout l’environnement. » La philosophie qui préside aux pratiques développées à l’oasis est loin de se limiter à la dimension agricole. L’utilisation de matériaux et procédés naturels pour la culture et la construction, la simplicité, la récupération, le recyclage, en sont une facette. Mais la volonté de cohérence et de respect de la terre nourricière, des animaux, de l’humain, s’inscrivent dans une vision plus vaste. Ce projet dépasse de loin le mur d’enceinte de l’oasis. Madani espère donner envie aux jeunes de M’Hamid de cultiver à leur tour, et montrer aux gens de la région qu’il existe, même dans le Sahara, des alternatives à l’industrie touristique et à la spirale infernale du développementisme destructeur. Atteindre l’autonomie, établir un rapport d’égalité et de partage avec les visiteurs, c’est possible.
"L’arbre à savon" est d’origine indienne et népalaise et ses fruits sont utilisés comme détergents depuis de centaines d'années. D’après les histoires, les femmes indiennes les utilisent pour se laver les cheveux ainsi que pour rendre leurs cheveux doux et brillants. En utilisant des "fruits de savon" naturel, vous pouvez vous baigner ou laver les vêtements dans la rivière, car ils ne pollueront pas les produits chimiques comme les détergents ordinaires, ils sont donc sans danger. Ils sont également entièrement biodégradables. Sur ce site dédié , vous pouvez découvrir d’autres types de savon naturel le plus adapté à votre type de peau. De plus, vous y trouvez d'autres produits cosmétiques comme l'huile végétale.

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  • « Faire reverdir le désert, c’est une solution pour le village, et une solution pour le monde entier, explique-t-il. Si on sauve cette oasis, on saura comment vivre avec l’eau salée. C’est une solution pour le présent et pour le futur. Car l’eau va devenir un problème dans le monde entier. »






L’eau, ça se plante



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Cultiver en zone aride a toujours été un défi. Le problème de la désertification est un problème mondial. La difficulté de vivre dans les zones à faible pluviométrie augmente à la croisée de plusieurs facteurs. Le réchauffement climatique engendré par une activité humaine coupée de ses racines et toujours davantage orientée vers le productivisme se couple avec la disparition accélérée des liens, des savoir-faire et des cultures dites « traditionnelles ». Les politiques impulsées par certaines institutions, dans une visée de contrôle des ressources, et/ou par les entreprises enserrées dans une vision à court terme de la « croissance économique », aggravent la situation.
Ainsi, dans toute la région sud-marocaine, les conséquences de la construction d’un énorme barrage hydro-électrique au début des années 1970, ont été dramatiques. L’eau ne coule plus dans l’oued du Drâa, ou alors seulement deux ou trois fois par an. L’eau douce est désormais payante et circulent dans des canaux en béton. L’immense palmeraie de M’Hamid El Ghizlane, ancien centre important du commerce transsaharien, a été gagnée par le désert et a presque totalement dépéri. Les populations nomades qui savaient vivre avec le désert ont été contraintes à la sédentarisation, et même les habitants sédentaires ont dû délaisser les jardins vivriers pour se tourner vers d’autres sources de subsistance. De plus en plus, l’habitat traditionnel est lui aussi délaissé au profit de constructions en ciment et en béton. Mais la perte d’autonomie des populations, aujourd’hui principalement dépendantes du tourisme pour leur survie, n’est pas une fatalité.

En effet, les déserts constituent l’une des plus importantes réserves d’eau de la planète. Les nappes phréatiques présentes en sous-sol en contiennent en abondance, à différentes profondeurs et avec divers taux de salinité. On peut même y trouver de l’eau douce. Les techniques de culture naturelles (permaculture, agro-écologie, agriculture biologique) permettent de préserver cette eau de la pollution représentée par les intrants chimiques de synthèse, en partie responsables du désastre écologique en cours, de la disparition des espèces vivantes à la stérilisation du sol. Cette eau peut alors être utilisée pour initier un cercle vertueux et aider l’écosystème à se régénérer, permettant aux plantes, aux animaux et aux hommes de se nourrir, et de nourrir à leur tour la terre.
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Quelques chiffres :

  • si l’on augmente d’1 % la matière organique dans le sol, 1 mètre carré de terre peut retenir 20 litres d’eau supplémentaire, soit 200 mètres cubes par hectare. Quand 1 kilo de matière se fabrique par photosynthèse, ce sont 12 litres d’eau en plus. Quand l’arbre respire pour 1 kilo, ce sont encore 12 litres. Quand 1 kilo de matière (paille, bois sec, feuilles) se décompose, ce sont encore 12 litres ; soit 3 x 12 = 36 litre par kilo.

  • Donc, l’eau ça se plante ! Plus on sème, plus on plante, plus la richesse du monde augmente, et plus il y a de nourriture potentielle.

En utilisant des méthodes naturelles pour récupérer et recycler l’eau, fertiliser les sols, enrichir la terre, l’être humain peut participer à la re-création d’un écosystème nourricier et riche en biodiversité, y compris dans le désert.


Expériences et pratiques de permaculture en milieu désertique à l’oasis Source de vie.




Cultiver avec de l’eau salée

On peut parfois, en creusant un puits dans le désert, surtout lorsque l’on se trouve à proximité d’un oued, avoir la chance de rencontrer de l’eau douce. Mais cela n’a pas été le cas ici. Ni avec le premier puits de 14 mètres de profondeur, creusé à la pioche en 2009 au tout début du projet, ni avec le second, creusé en 2014 à la foreuse, cette fois à 37 mètres de profondeur. L’eau des nappes phréatiques qu’ils permettent de collecter contient 8 grammes de sel par litre (sachant que la salinité moyenne de l’eau des océans est de 35 grammes par litres, on ne parle donc pas d’eau salée pour l’eau trouvée ici, mais d’eau saumâtre).
C’est un problème car elle ne peut être bue ni par les habitants ni par les animaux domestiques, et l’on est obligé de continuer à acheter de l’eau au village, qui est chlorée en plus d’être payante (l’eau de source naturelle vendue en bouteille plastiques, outre l’incohérence écologique que cela représente, est un luxe que ne permet pas le niveau de vie de la plupart des habitants). L’eau saumâtre est un problème également pour la culture de certaines plantes et de certains arbres, qui ne supportent pas un tel taux de salinité.
Pour y remédier, on fait avec les moyens du bord.
D’un côté des méthodes artisanales permettent de limiter l’impact négatif du sel sur le sol et les végétaux. On entoure les cultures de petites buttes. Le sel remonte et s’y dépose, limitant la salinité au pied des plantes. On sème des variétés qui supportent le sel, comme le blé, et d’autres qui l’absorbent en partie, comme la luzerne ou les canisses. On utilise aussi du charbon de bois broyé lorsqu’on sème des variétés plus vulnérables, au moins au début lors de la période de germination. Ces simples techniques permettent déjà de cultiver et récolter plusieurs légumes : laitues, blettes, roquette, carottes, betteraves, oignons, patates, fèves…
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  • Expériences de désalinisation de l’eau

De l’autre côté, l’oasis est devenue depuis quelques années un petit laboratoire de recherche et d’expérimentation de désalinisation de l’eau. Différents procédés naturels ont été testés : filtration de l’eau salée par le sable dans des jarres en terre cuite ; évaporation et condensation dans une construction en terre ; mais les moyens manquent pour mettre en œuvre un processus de désalinisation pérenne
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qui puisse fournir de l’eau douce en quantité. Les projets en cours consistent en la fabrication d’un désalinisateur par évaporation, plus fonctionnel et durable que le précédent. Il s’agit de reprendre et systématiser l’expérience tentée en 2018, qui avait été un succès relatif mais dont les matériaux de récupération utilisés (bois, bâche plastique…) n’ont pas résisté à l’usure provoquée par le vent et le soleil ( fiche technique 1 en cours d'écriture). Une construction plus ambitieuse est également en cours : elle comportera trois bassins et un système de filtration à base de cailloux, charbon et sable (fiche technique 2 en cours d'écriture / la recette en a été élaborée par Fukuoka, un japonais qui demeure l’une des références fondamentales en permaculture).

  • Énergie et irrigation
Depuis 2014, l’acquisition de panneaux solaires remplace le générateur ayant accompagné la naissance du projet et permet de fournir l’oasis en électricité. Cette énergie, en plus de fournir l’électricité nécessaire à un éclairage nocturne dans certaines pièces, au rechargement des batteries et à l’utilisation de différents appareils facilitant la vie des habitants et visiteurs, est surtout indispensable au fonctionnement de la pompe qui permet de faire remonter l’eau du puits. Chaque matin, lorsque le soleil dépasse la cime des arbres protégeant l’oasis, la pompe est automatiquement activée et l’eau commence à couler, drainée ensuite vers les différentes aires de culture par un système ingénieux de petits canaux et fossés, que l’on ouvre ou obstrue avec quelques pelletées de sable ou de terre en fonction de l’endroit que l’on veut irriguer. Deux autres réservoirs sont également remplis pour alimenter, la salle de bain, la cuisine, et une douche extérieure. Cette eau sert aussi pour les petits chantiers d’aménagement et de construction en pisé qui se poursuivent. Depuis 2019, un bassin est également alimenté, celui-ci devrait permettre à terme une irrigation nocturne, et s’intégrer au dispositif de désalinisation par filtre. Conçu comme une petite piscine naturelle, il offre en attendant le luxe de pouvoir se baigner.

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  • Enrichir le sol
L’une des meilleurs manières de conserver l’humidité du sol, d’y favoriser la vie et de réduire les besoins en eau consiste à apporter à la terre de la matière organique. En plus de l’humidité, indispensable à la germination puis à la croissance des végétaux, certaines plantes, notamment celles dont l’homme se nourrit, ont besoin d’un sol riche. C’est-à-dire contenant un ensemble et une diversité d’éléments, que la chimie à classé et nommé en fonction de leur nature et de leur fonction : azote, oligo-éléments, potassium, matière carbonée, ect. Dans un sol naturellement pauvre, ou appauvri par les conditions climatiques ou l’activité humaine, si l’on veut se nourrir, il faut donc d’abord nourrir la terre. Des apports tels que les intrants chimiques sont à la fois payants et toxiques. Outre les profits exorbitants qu’ils occasionnent pour le secteur prédateur de l’industrie agro-alimentaire, ils plongent les paysans dans une dépendance difficile à surmonter et nuisent à la microfaune et à la microflore qui font un sol vivant. L’esprit de l’agro-écologie, de la permaculture notamment, s’y oppose en tous points. On privilégiera les apports naturels, gratuits, et disponibles sur le lieu même ou dans les environs tout proches. Par-dessus tout, on cherche à préserver ou restaurer des cycles naturels, en visant une intervention humaine minimum. Un sol vivant, c’est un sol dont la couche d’humus sera à même de répondre aux besoins des micro-organismes, animaux et végétaux qui y vivent et s’y développent. Pour régénérer l’humus, les pratiques agrobiologiques mettent en œuvre des procédés simplissimes issus du bon sens : pas de gaspillage, tout ce qui est à portée et peut être recyclé (remis dans le cycle – du vivant -) est mis à profit. À l’oasis Source de vie on retrouve ainsi des pratiques déjà éprouvées par les générations antérieures et d’autres reprises et répandues peu à peu aujourd'hui par les personnes soucieuses du respect du vivant, qu’elles aient ou non une activité agricole :

Le compost :
Au lieu de partir à la poubelle, toutes les matières organiques (épluchures, restes de nourriture, bien entendu aussi restes de tailles ou de fauches) servent à nourrir les animaux, ou sont compostées et utilisées ensuite au jardin, auquel elles apportent, une fois décomposées, de nombreux éléments et micro-éléments qui nourriront le sol.

Les toilettes sèches : :
Les déjections humaines, au lieu d’être évacuées avec la précieuse ressource que représente l’eau, sont collectées et mélangées à de la sciure de bois (récupérée chez le menuisier du village). La sciure permet d’assécher la matière et d’absorber les éventuelles odeurs incommodantes. Ce mélange de sciure et d’excréments, après avoir laissé la nature faire son œuvre pendant plusieurs mois (processus de décomposition, de transformations), devient du terreau, une belle terre noire, humide et meuble, utilisable à son tour aux pieds des arbres.

Ces procédés basiques ne sont pourtant pas suffisants pour nourrir et protéger le sol, surtout lors de la saison estivale où la présence humaine, en raison de la chaleur torride, est très réduite. D’autant que la salinité de l’eau utilisée pour l’irrigation tend à assécher le sol. Pour y remédier on utilise :

Les engrais verts :
La luzerne en particulier, totalement adaptée au terrain et poussant en abondance. Outre son rôle de « pompe à sel » (elle absorbe par ses racines une partie du sel contenu dans le sol), elle constitue un engrais naturel particulièrement riche. Coupée et laissée à décomposer sur le lieu même de sa fauche, elle fait office de couche de protection naturelle contre les rayons directs du soleil, contribuant à préserver l’humidité, et sa décomposition nourrit abondement le sol, en azote notamment.

Paillage ou mulchage à la sauce locale :
Il manque encore d’outils pour parvenir à en obtenir en quantité suffisante, mais on utilise déjà, à petite échelle, une méthode bien connue pour nourrir le sol et préserver son humidité en le recouvrant de matière organique carbonée. En général, la paille ou le bois découpé en petits copeaux servent à cela. Ici, en 2017, une partie des parcelles de culture a été fertilisée grâce à la recette suivante : on entreprend, de préférence à l’ombre, l’élaboration d’un « mille-feuille » à trois ingrédients. Une couche de paille séchée, une couche de luzerne fraîche, de l’eau ; une nouvelle couche de paille, une nouvelle couche de luzerne fraîche, de l’eau, et ainsi de suite jusqu’à atteindre un mètre cinquante. On recouvre d’une bâche plastique, et on laisse macérer. À mi-parcours, le dixième jour, on retourne le tas, car la température à déjà beaucoup monté. Au vingtième jour, la matière en voie de décomposition peut déjà être épandue sur les parcelles à cultiver. Au bout de deux mois, ce mille-feuille est devenu de la terre, riche en azote, en carbone et en micro-éléments. Mais ici, la paille s’achète. Et le bois à transformer en copeaux est relativement rare dans les environs. À l’exception bien sur de la palme, abondante, qui pourrait remplir cette fonction. Son tronc comme ses feuilles peuvent être utilisés pour réaliser un paillage (ou plutôt en l’occurrence un « palmage »). On peut notamment récupérer facilement du copeau de bois de palme idéal en passant après… les termites, qui réalisent ce travail spontanément, et, on l’espère, sans se sentir exploités. L’idéal serait cependant de disposer d’une tritureuse ou d’un broyeur afin de pouvoir produire soi-même ces précieux copeaux et en obtenir autant que nécessaire. Des idées en vue de fabriquer une tritureuse ou un broyeur biomécanique sont à l’étude. On pense qu’un apport massif de cette manière organique pourrait décupler en peu de temps la fertilité générale du sol et la diversité des variétés comestibles susceptible d’y pousser. Pour la quatrième année, favorisés par le partenariat avec l’association espagnole Permacultura nomada, diverses expérimentations et projets d’enrichissement du sol sont en cours. On a par exemple fertilisé certaines parcelles et semé certaines graines accompagnées de bokashi, un engrais naturel très riche et très puissant (la recette en a été élaborée par Fukuoka, un japonais qui demeure l’une des références fondamentales en permaculture).

techniques de plantation :
À l’oasis Source de vie, on utilise les techniques de plantation les plus simples, les moins coûteuses, et les moins perturbatrices pour le sol. Ensemencement à la volée après avoir tracé un mini-sillon de la taille de la moitié d’une main, recouvert ensuite d’une fine couche de terre en passant simplement une feuille de palme à la manière d’un balais. Cette méthode est utilisée pour les salades, les légumineuses comme la luzerne, les céréales comme le blé, les fleurs comme le tournesol, certains légumes racines comme les betteraves, les carottes… semés en association entre eux selon les parcelles et les inspirations ou les besoins du moment. Les bulbes et pois sont plantés plus conventionnellement, dans de petits trous espacés d’une vingtaine de centimètres. L’auto-ensemencement est également à l’œuvre (roquette, mauve, laitues, plantes vivaces). On ne retire pas les espèces spontanées, aucune herbe n’est considérée comme « mauvaise », elles sont au contraire les bienvenues. Car ce qu’on cherche à créer, c’est un sol vivant auto-régulé, à l’image d’une forêt, où tous les éléments remplissent des fonctions solidaires et utiles les unes aux autres. Les grands arbres fournissent l’ombrage qui permet aux plantes de pousser, celles-ci fournissent au sol l’engrais naturel qui permet la reconstitution d’une couche d’humus, dans laquelle la micro-faune, les bactéries et champignons œuvrent à la transformation de la matière organique en terreau fertile, celui-ci nourrissant la croissance des arbres et de tous les autres végétaux. La main de l’homme est là pour orienter vers la terre l’eau et la matière organique dont elle a besoin pour pouvoir se régénérer et devenir autonome.

Habitat naturel, éco-construction :

L’habitat, les murets de protections et bacs de culture, l’enclos… tout a été construit avec beaucoup d’amour et presque exclusivement avec les matériaux trouvés sur place. Au départ, ce n’était qu’un champ de dunes nu avec quelques palmiers desséchés. Tout ce qui a permis d’y faire renaître une oasis a été trouvé dans le sol. L’accès à l’eau, grâce au premier puits creusé à la pioche juste après l’achat du terrain, a tout rendu possible. À partir de là, en creusant dans le sol, juste sous le sable, on trouve la terre qui, mélangée à l’eau, permettra de fabriquer les briques et les enduits. La fabrication des briques traditionnelles est simplissime : un mélange de terre et d’eau mis en moule et séché au soleil. La même recette s’applique aux enduits de jonction. Quelques poutres et poteaux de bois (ou de fer) pour les ouvertures et la structure du toit, que l’on recouvrira d’une couche de feuilles de palmes, puis encore de ce même mélange de terre et d’eau. Depuis une paire de décennies, on ajoute entre la structure du toit et les feuilles de palmes de la bâche plastique ou tressée, ce qui facilite l’étanchéité. Mais il est possible de s’en passer. Pour l’enduit intérieur, lissé à la main ou à la truelle, on ajoute au mélange de terre et d’eau qui sert à fabriquer l’ensemble du bâti du sable, et éventuellement de la paille, de la sciure ou de la cendre tamisée, pour obtenir différents effets, éviter que la terre ne se fissure, limiter la friabilité des murs et améliorer encore l’isolation thermique naturelle procurée par les constructions en terre.
Dans le sol du désert, lorsqu’on creuse, on trouve également des pierres, des galets, des filons d’argile... L’étanchéité naturelle de la terre argileuse est particulièrement utile lorsque l’on veut fabriquer des espaces de rétention d’eau, bassins, cuvettes, sol des douches, entours des éviers ou lavabos. Il y a sous nos pieds, dans le désert, presque la totalité des matériaux nécessaires à fabriquer un habitat aussi sain que confortable, procurant une apaisante fraîcheur la journée et une douce chaleur aux heures fraîches de la nuit. Sans compter une beauté indéniable qui est un baume pour les yeux et pour le cœur, aux antipodes de la bétonisation invasive et des constructions modernes coûteuses, anti-écologiques et anti-esthétiques, qui, en plus de dénaturer les paysages, sont invivables en été à moins d’y mettre une climatisation artificielle énergivore.

Le retour de la vie



Historique

Le champ de dunes originel, parsemé de palmiers desséchés, est devenu après dix ans de labeur et de petits soins une oasis verdoyante et foisonnante de vie. On peut voir dans le corps même des quarante palmiers « sauvés » les marques du retour de la vie, de l’eau, qui leur a permis de s’épanouir. Les palmiers survivant dans le désert, à défaut de soins et d’eau en quantité suffisante ne donnent pas de dattes, mais des avortons qui ne parviennent pas à maturité. Les insectes pollinisateurs sont par ailleurs rares. À l’oasis, il y a 6 ou 7 variétés de dattes différentes. On procède à la pollinisation manuellement (> fiche technique à réaliser). Dès la deuxième année de présence sur le lieu, on a pu récolter des dattes savoureuses. Peu après l’acquisition du lieu en 2009, après avoir aplani les dunes à l’aide d’un tracteur, creusé le puits, bâti le mur d’enceinte et les premières habitations, toutes les futures aires de culture ont été fumées avec du crottin de chèvre collecté auprès de la famille et du village, puis la terre à été labourée à faible profondeur avec un âne et une petite charrue. Très peu de temps après l’épandage du fumier, des champignons avaient spontanément poussé. On a semé de la luzerne et du blé dès le début, cultures traditionnelles de la région, pour nourrir les bêtes. Et arrosé selon la coutume locale séculaire, par inondation, avec un débit intermittent du fait des moyens élémentaires (vieux tuyaux de pompiers récupérés, générateur qu’on n’avait pas toujours les moyens d’alimenter en carburant...). Malgré de gros dépôts de sel à la surface du sol, les graines ont germé. On a pu faire dès le début deux récoltes annuelles de luzerne. On a fait des essais de semis de légumes potagers à toute petite échelle : impossible de faire pousser des tomates, poivrons ou aubergines. En revanche on a pu récolter des pommes de terres, betteraves, carottes, fèves... Des capucines, de la menthe, un pied de vigne, plantés près de la cuisine, bichonnés et arrosés parfois avec un peu de la précieuse eau douce apportée du village, se sont développés. Mais une tempête de sable de plusieurs jour les a asphyxiés et asséchés. Notamment faute d’eau douce en quantité suffisante, et à cause de la sécheresse estivale dévastatrice, l’expérience n’a pas été renouvelée. Le blé s’est bien adapté mais n’est pas encore assez charnu pour être transformé en farine. Il est donné aux animaux.


On a planté de nombreux arbres. Certaines variétés n’ont pas résisté à ces conditions, comme les agrumes. Mais les tamaris, eucalyptus et oliviers ont tenu et crû. Les tamaris et les eucalyptus font aujourd’hui plus de 4 mètres, un des oliviers à donné au bout de 10 ans sa première récolte, modeste, et permis de déguster un précieux kilo d’olives... du désert ! L’ombrage de tous ces arbres favorise la pousse de plantes plus petites. Depuis on a planté aussi des grenadiers, des poivriers, qui fleurissent, restent de petite taille et donnent déjà des fruits, et un « arbre à savon » aux nombreuses vertus médicinales. L’humidification du sol a favorisé la réimplantation spontanée d’espèces endémiques vivaces comme la mauve, la salicorne, ou la roquette sauvage. L’ensemencement à la volée pratiqué dès le début pour le blé et la luzerne a bien sûr attiré des oiseaux en nombre. Une unique graine de tournesol, sortie de la poche d’une amie de passage fut plantée en 2010. Elle a germé, poussé et s'est épanouie en une magnifique fleur. La trentaine de graines que celle-ci a donné ont été resemées. Les tournesols qui poussent aujourd’hui en nombre à l’oasis avec le blé et la luzerne sont tous issu de cette graine initiale. Avec la multiplication des essences végétales, des arbres, des fleurs, les insectes ont commencé à se faire de plus en plus présents. Depuis 2012, après que le deuxième puits eut été creusé et l’acquisition de panneaux solaires, l’irrigation a pu se faire plus constante, les plantes se sont épanouies. On a rapidement vu arriver de nouvelles espèces d’oiseaux, des papillons, des libellules. En un ou deux ans sont apparues spontanément les premières grenouilles, qui se reproduisent désormais en quantité. Depuis 2016 et la rencontre avec les fondateurs de l’association de Galice B-Nomad, formateurs en permaculture, les expérimentations initiales ont été renforcées et systématisées, de nouvelles pratiques introduites, notamment en matière d’enrichissement du sol. En 2019, on a trouvé les premiers vers de terres, et toute une micro-faune réjouissante qui montre que le sol a repris vie.